Anasayfa Anasayfa

Entretien avec l’écrivain marocain Moha Souag


Moha Souag

journal albayane

Actualités

Écrit par Mohamed Nait Youssef

Ne pas lire, c’est choisir de rester dans l’ignorance…


En marge des activités du 19e Salon International de l’Edition et du Livre (SIEL) qui se poursuivront jusqu’au 7 avril courant, on a rencontré l’écrivain marocain d’expression française, Moha Souag, qui prend part aux activités de cette édition. Issu du sud-est marocain, Moha est l’auteur de plusieurs romans tels “Les années U”, “L’année de la chienne”, “Et plus si affinités”, «La femme
du soldat» et bien d’autres. L’écrivain, à travers l’écriture, illustre bien la réalité de son époque, en jetant, en revanche, les lumières de l’espoir sur un avenir mieux que celui là. Entretien.

Parlez nous de vos interventions lors de cette 19e édition du Salon du livre de Casablanca ?

Mon intervention au 19° Salon du livre de Casablanca, au pavillon de l’institut français, portait sur les échanges littéraires Sud-Sud. Il s’avère que les écrivains et les lecteurs de l’Afrique du nord ne connaissent rien de ce qui se fait au Sud et les pays subsahariens ne savent pas ce qui se fait au Nord. Tout ce que nous connaissons de la littérature subsaharienne nous vient de l’Europe. Il faut publier à Paris ou Bruxelles pour être visible dans tous les pays africains. Par contre publier à Ouagadougou ou à Dakar limite votre visibilité à votre pays sinon à votre ville. Les échanges ne se font pas entre pays africains ; preuve en est que c’est la France qui nous a réunis encore une fois pour découvrir des écrivains de Haïti, de Guinée, du Rwanda, du Sénégal et de bien d’autres pays si près du Maroc.

Quel regard portez-vous sur la situation de l’écrivain marocain ces dernières années ?

Le malade est en état stationnaire. Il lutte tout seul contre la gangrène avec l’espoir de tenir encore quelques années. Les derniers dinosaures disparus, la terre sera soulagée de ces dévoreurs d’arbres. De quels écrivains parlez-vous ? Ceux qui écrivent en arabe classique, en darija, en amazigh, en français, en espagnol ou ceux qui écrivent en hollandais, en allemands. Ceux qui vivent au Maroc et n’ont que la nationalité marocaine comme unique bagage ou ceux dont s’occupent le CCME et leurs maisons d’éditions de l’Europe ? Ceux qui sont tout le temps invités dans les salons internationaux ou ceux qu’on exhibe juste dans les petites villes du Maroc comme des phénomènes de foire ? Il y a énormément d’espoir car le flambeau n’est pas éteint et la sève d’une jeunesse dynamique changera la donne qu’on le veuille ou pas.

«La crise de la lecture» au Maroc, qu’en pensez-vous ?

Les Marocains lisent énormément. Passons aux chiffres, il faut exiger de publier par tous les ministères concernés le nombre de livres vendus au Maroc. Il y a la statistique d’un grand magasin qui a ouvert ses portes à Casa et où l’où trouve qu’il aurait vendu 40.000 livres en trois mois. Là, je crois qu’il y a problème.

Que veulent dire la lecture et le livre pour vous ?

Le livre et la lecture forment la pensée des gens. Les livres donnent des outils d’analyse et élargissent l’imagination des gens. Il faut bien se demander d’où viennent nos idées ? Si chacun avait la possibilité d’aller vérifier par lui-même ce qu’on lui raconte, il aura des arguments pour défendre ses idées et pour faire avancer sa pensée. L’origine des conflits entre les gens et les guerres entre les pays est un problème rhétorique : personne ne sait argumenter, alors on frappe.

A quelle fin écrivez-vous ? Et quelles sont les tâches, actuellement, de l’écrivain, notamment dans un monde enlisé dans les fausses lumières de l’étant, l’écran et la non signification ?

L’écrivain ne peut pas prétendre écrire pour une fin quelconque. Il ne saura jamais comment sera reçu son livre. C’est prétentieux de dire que l’on écrit pour délivrer un message. Pour cela, on peut, maintenant, utiliser le SMS. L’écriture est d’abord un besoin personnel, un besoin qui répond à un questionnement chez l’auteur. Chacun de nous cherche sa voie à sa manière ; les réponses sont innombrables.

Quel est ton coup de foudre intellectuel ? Et quels sont vos écrivains préférés ?

Deux littératures m’ont beaucoup marqué : la littérature russe et la littérature américaine. Ces deux immenses continents sont dans la démesure géographique, historique et imaginative. C’était une découverte exotique pour moi. Puis la poésie arabe de Abou Al Ala Al Maari que j’ai découvert très tôt et dont j’ai lu presque toutes les épîtres notamment Rassalat al ghofran qui aurait inspiré Dante pour écrire La Divine Comédie.

Que dites vous aux jeunes créateurs et lecteurs ?

La créativité et la lecture sont les deux activités qui expriment la liberté de l’être humain, celles qui lui donnent sa dimension humaine, je veux dire les activités qui le différencient de l’animalité et qui ont permis à l’être humain d’avancer. Produire des idées n’est pas donné à tout le monde. C’est le travail de l’intellect, le travail qui fait la différence entre les peuples, le travail qui crée le génie d’un peuple et qui lui permet de vivre pleinement son histoire. Et pour créer et lire, c’est-à-dire dans le sens de découvrir et de remettre en question tout ce qu’on lit. Cela nécessite la liberté de penser qui donne une pensée libre. On ne crée pas dans la peur, dans la peur on ne crée que les moyens de détourner ce qui nous fait peur. Et les peuples qui ont peur sont des génies dans la magouille, mais pas dans la créativité positive ; celle qui vous rend fière de vous-même et de vos semblables.

Un mot de la fin ?

Chaque fois que l’on apprend quelque chose que l’on ne connaît pas, on mesure l’immensité de notre ignorance. Ne pas lire, c’est choisir de rester dans l’ignorance. Rester dans l’ignorance, c’est permettre à n’importe qui de décider à votre place. Si cela est votre choix, ne vous plaignez pas de vos malheurs, c’est vous qui les avez choisis.

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