Anasayfa Anasayfa

RAME ADAM


Moha Souag

 

5053830672_21906d0b99

 

-Allo, c’est le commissariat ?

Une voix d’homme répondit :
-Oui, madame, que puis-je faire pour vous ?

La voix de la femme chuchota dans le combiné :
-Passez moi la Police Religieuse, s’il vous plaît.

 

-Ne coupez pas, madame.

Quelques secondes après une lecture de Coran d’attente, une voix surgit du téléphone :
-Oui, je vous écoute. Ici ; Police Religieuse à votre service.

La dame dit :
-J’habite, immeuble de la Liberté, rue n°4 et j’entends une cocotte chuinter chez ma voisine. Elle prépare à manger pendant le mois sacré de ramadan.

-Et comment savez vous qu’elle prépare à manger ?

-J’entends la cocotte chuinter, vous dis-je et je l’ai vue acheter du pain, du lait et des yaourts ; regardez l’heure qu’il est, il n’est que dix heures trente du matin.

-Donnez-moi votre adresse s’il vous plaît ! Dieu vous récompensera pour votre noble geste.

-Ecrivez. Immeuble de la Liberté, appartement n°6, Rue n°4…Mais la cocotte, c’est l’appartement n°5.

-C’est bien noté, madame, merci.

Le commissaire envoya un inspecteur et deux agents en tenue pour vérifier les dires de son interlocutrice. La voiture de la P.R. s’arrêta devant l’immeuble, l’inspecteur descendit seul et se dirigea vers la conciergerie. Azouz, le gardien, somnolait d’un seul œil sur son tabouret et surveillait de l’autre œil les entrées et sorties de l’immeuble. Il fit semblant de n’accorder aucun intérêt au visiteur qui  s’avançait vers lui en attendant de lire ses intentions. Mais celui-ci ne lui laissa pas le temps de terminer sa lecture ; quand le policier se présenta, Azouz s’éjecta de son tabouret et de son sommeil et ouvrit bien grands ses deux yeux et ses deux oreilles.
  
- Qui habite au n°5 ?
  
- Un jeune couple, monsieur le commissaire.

- Mariés ? Des enfants ?

- Un garçon.

- Que font-ils dans la vie ?

- Lui, comptable dans une société ; elle, mécanicien dans un garage.

L’inspecteur surpris rectifia la réponse du concierge.
- Tu veux dire l’inverse ?

- Non, monsieur le commissaire, c’est ce qu’il y a !

-Mœurs ?

- La femme porte le hijab ; le mari, non.

- Quoi, le mari, non ? »  demanda le policier qui ne comprenait pas.

Azouz se ressaisit et précisa sa pensée :
- Le mari ne porte pas la barbe !

- Il est imberbe ou refuse-t-il de porter la barbe rituelle ?

Azouz  avait peur de dire qu’il n’en savait strictement rien, avança au hasard la réponse qui lui vint à l’esprit:
- Il a une maladie de la peau, monsieur le commissaire…Mais à part cela rien à signaler. Ils paraissent irréprochables.

L’inspecteur se demanda, en se grattant la tête, si une maladie de la peau justifiait le droit de manger pendant le sacré mois de ramadan. Il allait en referer au commissaire-mufti. Il appela les deux agents qui l’accompagnaient et demanda à Azouz de les conduire au troisième étage. Quand l’ascenseur se fut immobilisé, le gardien sortit le premier et appuya sur le minuteur. Le couloir s’éclaira un moment. L’inspecteur fit signe à ses compagnons de se taire. Il dressa l’oreille et se mit à renifler pour capter une odeur ou un bruit suspects mais il n’entendit ni ne sentit rien. Il était arrivé trop tard, la cocotte s’était tue et ses effluves refroidis. Après un moment de réflexion, il se décida à sonner à la porte de l’appartement n°5.

167484 Une jeune femme ouvrit et l’inspecteur lui dit :

- Madame, des bienfaiteurs nous ont signalés que votre cocotte chuinte et siffle… ?

- Oui, monsieur l’inspecteur, comme toutes les cocottes du monde.

- Et qu’est-ce que vous préparer dans cette cocotte, s’il vous plaît ?

- Le déjeuner de ma famille.

- Mais madame vous savez bien qu’il est interdit de manger pendant le mois sacré de ramadan ! 

- Monsieur, j’ai un enfant en bas âge et mon mari est malade. Le médecin lui a permis de manger…

-Est-ce qu’il lui a donné un certificat médical attestant de sa maladie et lui permettant de manger pendant le ramadan ?

- Non, mais il prend des médicaments et il a une ordonnance. Je vais vous chercher tout cela…

Elle rentra chez elle puis revint avec un grand sac en plastique plein de fioles et de boîtes.
- Regardez ! » dit-elle.

- Ce n’est pas suffisant, madame. Où est votre mari ? On va le conduire chez le médecin pour vérifier tout cela.

- Il est au travail…

- Madame, vous auriez dû utiliser une marmite silencieuse au lieu de cette cocotte bruyante par respect aux sentiments religieux de vos voisins…

- De toute façon, monsieur l’inspecteur, moi aussi je suis malade et ce n’est pas le médecin qui vous le dira !

- Ah ! Bon, vous mangez donc tous les trois ?

L’inspecteur embarqua la femme et passa prendre le mari dans son lieu de travail pour un interrogatoire. Tandis que le commissaire-mufti soumettait les deux suspects à la question, le commissaire principal appela le directeur de l’école où étudiait leur fils.
 
A seize heures, après la lecture du Coran et la prière collective dans la cours de l’école, le chant de l’hymne national et la descente des couleurs, le directeur convoqua, par le haut-parleur, les élèves qu’il voulait voir. Ils se dirigèrent en rang vers les locaux de l’administration. Les élèves entraient les uns après les autres. Quand son tour arriva, l’élève frappa à la porte et attendit qu’on lui ordonnât d’entrer. Il se retrouva devant un immense bureau derrière lequel trônait une paire de lunettes.

- Où habites-tu ?

- Immeuble de la Liberté, rue n°4, appartement n°5.

-Que font tes parents ?

-Ils font leurs prières, monsieur.

-Non, est-ce qu’ils travaillent ? »  précisa le directeur.

- Oui, ils travaillent pour Dieu et la patrie.

- Vous mangez à quelle heure ?

- Quand le repas est prêt, monsieur.

- Vous jeûnez pendant le mois du ramadan ?

- Oui, monsieur, pendant tout le mois du ramadan, le lundi et le jeudi et pendant tous les autres jours rituels. »

-Qui t’a appris ces réponses ? demanda le directeur.

- Ma mère, monsieur le directeur. »

 

Moha SOUAG,  Rabat, MAROC

 

 

978 okunma
1 Yıldız2 Yıldız3 Yıldız4 Yıldız5 Yıldız (2 oy, ortalama: 5,00 / 5)
Loading ... Loading ...

Yorum Yapın